Conseil de Paris, scéance du 10 mai 2010
« Monsieur le Maire, mes chers collègues,
Dans l’un de ses derniers messages en tant que chef des forces alliées avant leur victoire sur les idéologies de la haine raciale que nous commémorions ce week-end, Franklin Delano Roosevelt, a ainsi formulé un jugement d’avenir : “la seule limite à notre épanouissement de demain sont nos doutes d’aujourd’hui”. Soixante-cinq ans après la défaite du nazisme, les principes qui étaient ceux des Alliés, ceux de la France de 1789, semblent à leur tour en passe d’être défaits de l’intérieur, défaits par nos propres doutes. Les idées universelles d’égalité et de fraternité, celles-là mêmes qui devaient définir la France, tendent à devenir des idéaux désincarnés. Minés de doutes quant à notre modèle, nous nous sommes nous-mêmes rendus démunis face aux enjeux de notre temps. Churchill faisait observer : “plus vous saurez regarder loin dans le passé, plus vous verrez loin dans le futur”.
Souvenons-nous. Il y a plus d’un siècle, en 1895, à l’époque où la France s’apprêtait à élire le Dr Grenier à la Chambre des Députés, le premier et jusqu’ici le seul député musulman de la métropole, les musulmans de France avaient alors émis le vœu d’un centre culturel et d’enseignement. Ô surprise, les premiers à y répondre de manière favorable furent les positivistes, oui, ceux-là mêmes de l’école d’Auguste Comte, les professeurs de la Sorbonne, les militants des Lumières et autres hérauts de la République enfin installés pour de bon. La souscription qu’ils avaient spontanément initiée s’accompagnait d’un appel solennel au, je cite, “respect total et réelle sympathie” envers une religion “réalisant un maximum d’altruisme avec un minimum de métaphysique”. Charles Mismer, membre éminent du courant positiviste, théoricien de la laïcité, soulignait dans ses échanges avec Renan : “loin d’être incompatible avec la science, la religion de Mohammed, telle qu’elle a été prêchée à l’origine, telle qu’elle a été entendue et pratiquée, pendant des siècles, depuis les Pyrénées jusqu’à l’Himalaya, telle qu’elle est encore entendue, sinon pratiquée, par un grand nombre de musulmans, est de toutes les religions la seule qui soit conciliable dans une large mesure avec la civilisation, la seule qui n’oppose pas au progrès un non possumus infranchissable”. Mieux encore, Pierre Laffitte, professeur au Collège de France, successeur d’Auguste Comte, probablement la plus haute autorité des milieux progressistes de l’époque, s’enthousiasmait pour le projet de centre des cultures d’islam, en allant jusqu’à déclarer : “moralement, l’islam est très supérieur aux conceptions aujourd’hui en vogue parmi bien des Occidentaux”. Lire la suite »