USA J5 > Last day in Washinghton

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Aujourd’hui, j’ai eu quatre rendez-vous. Nous partons à pied de l’hôtel par une journée très ensoleillée et chaude. Le contraste avec hier est saisissant. Il paraît que c’est comme ça ici ! Il peut y avoir des écarts de température monstrueux ! Nous avons rendez-vous dans un petit think-tank qui compte 35 collaborateurs, financé par les syndicats et des fondations.

Je suis reçu par Algernon Hostin, un Afro-américain très distingué né à Trinidad. Il nous accueille avec du café et des pâtisseries, ce qui montre qu’il a une fiche actualisée sur moi. Il dirige un projet portant sur la place des minorités raciales dans l’économie américaine. Il me dresse un tableau assez sombre de la situation. Il va publier une étude assez fouillée qui tend à montrer que la discrimination positive a en partie échoué. Pour lui, on a oublié l’essentiel : il ne suffit pas de proclamer des égaux pour en faire ! Gambetta, élu du vingtième comme moi l’avait déjà dit il y a 140 ans ! Visiblement, on ne lui a pas dit que j’étais aveugle et il est un peu ennuyé avec son document sur papier qui me laisse de marbre !
Je n’ai jamais eu un avis très tranché sur les statistiques ethniques. J’ai un préjugé favorable, comme je l’ai écrit dans le livre « La Gauche ou le malade imaginaire » que j’ai publié récemment au milieu d’une vingtaine de coauteurs prestigieux. On sait mesurer que 75 % des hispaniques vont dans des écoles à majorité non-blanche de même que 75 % des noirs. 40 % des noirs font des études supérieures dans des écoles où 90 % des élèves ne sont pas blancs.
On sait corréler le fort pourcentage d’élèves issus des minorités et la faiblesse de l’école. On sait qu’à tous les niveaux, les blancs sont plus employés que les noirs ou les hispaniques, mais on n’a pas de solutions pour remédier à ces inégalités parfaitement qualifiées. Les médias ne parlent guère des discriminations alors qu’elles s’aggravent avec la crise, d’autant plus qu’elle a touché de plein fouet les propriétaires noirs des maisons achetées grâce aux crédits pourris des banques.
Je bouscule un peu mon interlocuteur en lui demandant pourquoi il travaille sur ce domaine qui le renvoie à son stigmate ! Il m’explique qu’il se destinait à être ingénieur mais que plusieurs membres de sa famille avaient opté pour ce métier et n’en paraissaient pas heureux. Il a donc suivi le cours de la vie et son inclination militante a fait le reste. Il rit tout le temps à mes « jokes » que Jim ne traduit pas toujours bien soit parce qu’il ne comprend pas mais plus souvent parce qu’elles enfreignent le « politically correct » ! Je les dis donc en anglais et pour l’heure, le succès est total.

Un coup de taxi de la Sierra Leone, non sans être passé par les toilettes qui sont ici encore d’un modèle différent des précédentes, et nous voilà au Capitole. Nous arrivons suffisamment tôt pour une courte visite du musée de la maison. Je touche la maquette du capitole, sorte de chapeau pointu flanqué de fenêtres et chargé de sculptures et de bas-reliefs. Du moins est-ce ainsi que je le perçois ! Nous sommes reçus dans un très grand et très confortable bureau par un membre du cabinet du représentant du Maryland, Langevin. Agé de 48 ans, il est tétraplégique depuis l’âge de seize ans. Volontaire scout dans la police municipale, il a reçu une balle qui lui a sectionné la moelle épinière. Mon interlocuteur a 29 ans et travaille au Congrès depuis cinq ans. Il comprend bien le français car il a vécu un an dans le 14è arrondissement.
Le représentant a une carte en braille ! Il a comme moi des photos de sa famille dans son bureau ! Il est membre d’un inter-groupe parlementaire sur le handicap qui fait un gros travail pour soutenir les personnes handicapées qui militent pour une application stricte du ADA (American with  Disability Act). Cette loi votée en 1990 est une loi d’inclusion des personnes handicapées dans la société qui enjoint aux pouvoirs publics comme aux entreprises privées de tout mettre en œuvre pour égaliser les chances des personnes handicapées et des autres.
Cette loi a été suivie par d’autres pour régir les moyens de la vie à domicile et au travail.
Elles sont évaluées par une agence indépendante, le Conseil national du handicap, qui peut faire des recommandations d’amélioration. Du fait de la souplesse de son interprétation, c’est une loi qui occupe beaucoup les tribunaux et les Cours Suprêmes des Etats comme de Washington. Plusieurs amendements ont été votés pour éviter que la Cour Suprême n’interprète le texte dans un sens défavorable à la personne handicapée.
Avant d’être au Congrès, Langevin était membre du gouvernement de l’Etat du Maryland. Il a songé au Sénat mais hésite devant la charge de travail très lourde. Pour l’heure, il est satisfait de son job. Tout doit être préparé dans le moindre détail, en particulier les voyages en avion car il doit se transférer de son fauteuil qui doit être rangé en soute… Toutes les adaptations professionnelles sont prises en charge par le Congrès. Il doit payer lui-même son autonomie à domicile.
Je sors ravi de cet entretien et forme le vœu qu’un député aveugle siège bientôt à notre Assemblée Nationale. Si j’ai un nom en tête ? Attendez ! je vais chercher mon rasoir !

Nous repartons à pieds vers Brookings, un gros think-tank de gauche qui se trouve non loin de notre hôtel. Là, je suis reçu par Justin, un Français à la tête particulièrement bien faite qui y exerce comme directeur de recherches. Normal-Sup, Sciences-po, une thèse d’histoire publiée chez Odile Jacob, le jeune homme fait danser les concepts, virevolter les paradoxes, balaie toute la politique américaine contemporaine et écrabouille les deux ou trois certitudes que j’avais encore sur ce pays.
Rentré à l’hôtel, j’avais déjà un mail de lui avec des devoirs à faire, lire deux de ses articles que je mettrai à votre disposition dès que possible. Pas de doute, ce jeune homme ira très loin. J’ai failli ne pas sortir de mon dernier rendez-vous.

J’ai été reçu par Autism Speaks ! Tous ceux qui me connaissent savent l’intérêt aux syndromes autistiques et à l’amélioration de la vie des autistes et de leurs proches. J’en ai pris plein la tronche ! Ils étaient vraiment content de me voir ! Je suis le premier « dignitaire » à leur faire l’honneur de les visiter ! Alors ils ont mis les petites tasses dans les grandes ! Café, fruits, pâtisseries, de quoi me faire passer en douceur qu’ici, il est question du futur des autistes à trente ans, de programme internationaux de sensibilisation, de campagnes télévisées massives avec des spots du type : « Un enfant sur 7000 sera un grand designer, mais un enfant sur cent-cinquante est atteint d’autisme ».
Je leur ai quand-même appris quelque chose ! le packing ! j’ai dû leur jurer que je ne mentais pas et qu’en France à la Fnac, au rayon autisme, on trouve plusieurs livres faisant l’apologie de cette technique d’un autre âge consistant à envelopper l’enfant autiste dans des draps mouillés et glacés histoire de le reconnecter avec je ne sais plus trop quel moi intérieur ou extérieur.
Je n’avais pas faim pourtant je suis allé dîner dans un restau éthiopien. Le concept consiste en de la nourriture entre deux crêpes épaisses. J’ai goûté le vin de miel. Ça ressemble à de la sangria. J’avais prévu de faire du sport mais je me suis connecté à mon mail de la ville et mal m’en a pris ! J’avais plein de mails !

Les aides ne sont pas vues comme des privilèges mais comme des droits. Je n’ai toujours pas les miennes ! Un comble ! Je constate ce matin leur utilité relative ! Je dis petit parce que son budget est fort modeste en comparaison avec Heritage !

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